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1780 : le Grand Ouragan qui ravagea déjà les Antilles

Irma, José, Katia : les trois ouragans qui se sont suivis dans les Antilles ont causé la mort de plus d’une vingtaine de victimes et détruit une large partie des bâtiments et des infrastructures. Si l’on croit que ce type de phénomène atmosphérique se multiplie ces dernières décennies (hypothèse purement médiatique mais non réelle selon les analyses des climatologues), la plus meurtrières des tempêtes à avoir frappé l’Atlantique nord est plus ancienne : à la fin du XVIIIe siècle, le Grand Ouragan avait littéralement rasé une bonne partie des Caraïbes.  

La Barbade, 10 octobre 1780 : l’immense tempête qui se formait déjà depuis quelques jours dans la zone se transforme en ouragan et s’abat sur l’île avec une puissance ahurissante – autour de 300 à 320 kilomètres heures. Le registre des mariages de la paroisse de Saint-Thomas en garde la trace : « Un terrible ouragan a éclaté avec une grande fureur à midi et continué (…) jusqu’à quatre heures du matin, le 11. À huit heures du soir, le presbytère de Saint-Thomas fut démoli et l’église où le recteur et sa famille s’étaient réfugiés s’est écroulée environ deux heures après (…) La plupart des autres bâtiments ont été détruits et de nombreuses vies ont été perdues. Les morts qui ne pouvaient être amenés dans une église ont été enterrés dans des jardins et des terres privées. »

Après avoir dévasté La Barbade, l’ouragan atteint la Martinique. Il y abat la cathédrale de Fort-de-France ainsi que sept autres églises et 1 400 maisons. L’hôpital lui-même s’effondre sur ses 500 patients… À Saint-Pierre, le bilan est pire encore : plus de 1 000 personnes sont tuées et 50 habitations rayées de la carte par un raz de marée de plus de huit mètres qui détruit jusqu’au fort de la ville.  Dans les jours suivants, le Grand Ouragan – avec deux majuscules, comme lorsqu’on parle du Grand Incendie de Londres – poursuit sa route meurtrière vers le nord des Caraïbes et dévaste Sainte-Lucie, Porto Rico, Saint-Domingue, et les Bermudes…

Probablement classé en catégorie 5 s’il éclatait aujourd’hui, au vu des dégâts décrits par les nombreux témoins, l’ouragan termine sa route dix jours plus tard sur les côtes de Floride. Entre temps, il aura causé la mort de 22 000 personnes au bas mot, 27 000 pour les plus pessimistes, ce qui lui permet toujours de conserver 237 ans plus tard le macabre titre de tempête la plus meurtrière de l’histoire dans l’Atlantique nord.

Canons emportés

« Il est impossible », écrit l’amiral anglais Georges Rodney dont la flotte entière est d’ailleurs détruite à quai, dans le port de l’île de Sainte-Lucie, « de décrire l’horreur de ces scènes (… je n’aurais jamais pu croire que le vent seul pouvait détruire aussi complètement tant d’habitations solides. Quand le jour se fit, la contrée ne présentait plus que le triste aspect de l’hiver : pas une seule feuille ne restait aux arbres que l’ouragan avait laissé debout. »

Dans certaines îles, des témoins ont indiqué que la tempête avait arraché l’écorce des arbres avant d’en arracher la plupart. À Saint-Vincent, seules 14 des 600 maisons de l’île restent debout après le passage de l’ouragan. Dans les forts militaires, des canons de trois ou quatre tonnes, pourtant amarrés, sont arrachés et déplacés avec leurs affûts sur des dizaines de mètres – le relevé d’un officier anglais évoque le cas d’une batterie côtière traînée sur 126 mètres.

La présence de nombreux navires de guerre dans la zone contribue largement à alourdir le bilan humain catastrophique de l’ouragan : engagées dans la guerre d’Indépendance américaine, les flottes anglaises et françaises se tournent autour le long de cette route commerciale et militaire et stratégique. Le Grand Ouragan les frappe de plein fouet, comme d’autres d’ailleurs : à Grenade, 19 bâtiments hollandais finissent au fond de l’océan avec leur équipage. À La Martinique, la tempête détruit une escadre de 50 navires français, forte de 6 000 hommes dont quelques dizaines à peine parviennent par miracle à s’en sortir. Dans toute la zone, des vaisseaux de guerre anglais subissent le même sort et sombrent à leur tour corps et biens, à quai ou en pleine mer.

Nouvelles tardives

En France, la nouvelle n’arrive qu’avec beaucoup de retard, près de deux mois après le drame. En janvier 1781, La Gazette donne des précisions en s’appuyant sur le témoignage des marins d’un navire rescapé.

Plus loin, l’auteur précise : “Cet ouragan, (…) a duré huit jours et (…) s’est fait sentir dans toutes les isles sous le Vent (…). Les plantations de Saint-Christophe n’ont pas été fort endommagées, mais toutes les marchandises qui se trouvoient dans les magasins ou les celliers situés près du rivage, & exposés par la proximité de la mer à la fureur des vagues, en ont été la proie. » 

Comme aujourd’hui, les journaux insistent sur le bilan humain et matériel, mais aussi sur les conséquences économiques de la catastrophe : « Tout Londres est dans la consternation sur la nouvelle de l’Ouragan qui, du 10 au 18 octobre, a fait tant de mal à notre Flotte, dont le départ étoit fixé du 15 au 20, & à nos isles même », écrit La Gazette en janvier 1781. « Les assureurs tremblent d’apprendre encore un surcroît de perte qui ne pourroit qu’achever leur ruine. »

source : http://blog.francetvinfo.fr/

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